Aslı Erdoğan : elle pense ce que son coeur lui souffle

Chers amiEs, chères soeurs et frères,

Je vais jouer ce soir à Grignan dans cette belle et douce Drôme provençale, au milieu des vignes et de la lavande. Et les ceps de vigne et les touffes de lavande sont si intimement mêlés que le vin doit être parfumé, ce n’est pas possible autrement, parfumé aux fleurs bleues de ma Provence.

Quelle douceur !

Et cette tendresse du paysage fait s’envoler mon coeur vers une femme, dans la cellule de sa prison en Turquie (comme d’ailleurs des milliers d’autres aujourd’hui), enfermée pour une raison simple : elle pense ce que son coeur lui souffle, et elle le partage dans ses livres, et celles et ceux qui la lisent l’aiment tendrement, cette femme écrivain.

Parfois, pourtant, très rarement, j’entends en moi une voix qui ne semble ni émaner d’un être humain ni s’adresser aux hommes. J’entends mon sang qui se réveille, coule de mes vieilles blessures, jaillit de mes veines ouvertes… J’entends des cris qui ravivent mes plus anciennes, mes plus authentiques terreurs et je me rappelle qu’ils sont nés du désir de vivre. Mes plaies ne parlent guère, mais elles ne mentent jamais. Pourtant leurs cris affreux, incohérents, viennent se briser sur des murs infranchissables et retombent en pluie sur ce sol, devenu mensonge, que sont le visage et le verbe des hommes. Leur son s’égare dans les méandres, les recoins, les impasses d’un labyrinthe et se propage dans le vide sans rencontrer un seul cœur.

Le bâtiment de pierre, Actes Sud, traduit du turc par Jean Descat

Elle s’appelle Madame Aslı Erdoğan.

Free Aslı Erdoğan ! Free Aslı Erdoğan ! Free Aslı Erdoğan !

By Titi Robin