Si tu vas a Rio…

L’AUTEUR : Née en 1967 à Istanboul Asli Erdogan a étudié l’informatique et la physique a l’université de Bosphore. De 1991 à 1993. elle travaille au CE3N (Centre européen de recherche nucléaire) en tant que chercheur spécialisé oans la physique des particules. • Le Mandarin miraculeux • est publié en 1994. alors qu’elle suit oes études postdoctorales à Rio de Janeiro. Elle abandonne alors la physique pour se concentrer uniquement à l’écriture. En 1996. elle achève à Istanbul • La Ville dont la cape est rouge •. publié en Turquie en 1998.
L’ACTION : Ozgur. une étudiante istanbouliote arrive un jour â Rio en pensant loger chez un universitaire qui. malheureusement, ne Tatterr dait pas. Seule dans cette ville débordante de sensualité mais aussi de terreur, elle décide de rester. La ville sublime et infernale va lui per¬mettre d’écrirel’histoire d’O.. le livre de sa vie. ’
EXTRAIT : •Elle avait l’air d’une rescapée d’un camp de concentration et semblait vivre ses derniers jours. On lui aurait donné vingt ans aussi bien que soixante dix. Elle avait perdu la plupart de ses dents, ses coudes perçaient la peau. Ivre de plaisir et riant aux éclats, elle dansait la samba. Son visage rayonnait d’une gaieté vierge, pure, propre aux enfants… Quand vous aurez croisé le bonheur, le vrai dans les regards ténébreux, hagards, profonds d’une femme sur le point de mourir de faim, vous aurez pénétré dans le labyrinthe de Rio.

Asli raconte Ozgûr, Ozgûr raconte O. Trois femmes en rupture avec la réalité de lerur pays d’origine, la Turquie, le temps qu’elles ont passé de l’autre côté du miroir, à Rio de Janeiro. Côté pile, « le plus beau coin du monde » comme la van¬tent chauffeurs de taxi et cartes postaies, la liberté des corps et celle des moeurs. Côté face la superficialité, l’extrême pauvreté et la violence. Une ville connue « pour ses meurtres d’enfants des rues et son carnaval ». Un mélange de paillettes et de sang, aussi attirant que répugnant, dans lequel Ozgûr se trouve littéralement engluée. La jeune femme est déchirée, déchirante sans être pathétique. Son monde et ses illusions se sont écroulés.

Abîme de destruction
Effondrement des rêves, mais aussi urgence de vivre. Quand l’horizon est obstrué par la collante moiteur de l’atmosphère carioca, quand le passé n’est plus que l’ombre de luimême, vague souvenir, le présent devient à ls fois refuge et prison. Le théâtre d’une danse tourbillonnante entre deux capoeiristes: la Vie et la Mort. Un chaos qui peu à peu dissout l’identité d’Ozgûr. Face à ce chaos, à la folie qui menacé, à l’absurdité de sa vie, la jeune femme lutte avec la dernière énergie pour terminer un livre . qui, en mettant des mots sur son expérience, l’aidera à recoller les morceaux de son identité jetée aux quatre vents. Un livre s’intitulant: « La ville dont la cape est rouge »…

Lieu de reconstruction

La base autobiographique du roman est ostensible. Un livre dans le livré. Une mise à nu. A l’absurde, l’auteur oppose le récit de . soi et sa mise en scène. L’acte ’ d’écriture est au centre de l’intri ’ gue et Rio, la ville, transparaît au fil de la lecture comme un per sonnage à part entière. Une sincérité de ton sans compromis. Un grand moment de lecture. By Gregory Dziedzic

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